Les Fornaci

L’argile de Riva San Vitale

 

L’extraction de l’argile (la mólta/molta, la créda, latèra) avait généralement lieu dans deux localités distinctes à la périphérie du village, qui fournissaient à leur tour deux qualités différentes de matière première : la mólta rossa et la mólta negra (également la tèra róssa et la tèra nègra), l’argile rouge et l’argile noire.

 

C’est en effet uniquement leur mélange (mólta mista, mèza bianca et mèza róssa), dans une proportion d’environ 50 % (la proportion dépendait du type de matériau de construction que l’on souhaitait produire, mais variait aussi d’une famille à l’autre), qui garantissait un mélange techniquement optimal : […]

La mólta rossa, de couleur rougeâtre dans les gisements, est ainsi appelée également parce que, en raison de sa teneur en oxyde de fer, elle acquiert lors de la cuisson une belle coloration rouge ; elle était extraite aux Praa Cullágh, zone plane située près de Capolago.


Sa caractéristique la plus marquante est d’être maigre, c’est-à-dire peu plastique et difficile à modeler (débula), car elle s’effrite. Très légère et poreuse, au toucher elle est rugueuse (rúvida), de consistance sableuse (sabiusa) et non grasse (la gh’a póca séda, l’è da póca séda).

Pour la corriger, il est indispensable de la mélanger avec de l’argile noire (qui, dans la nature, présente en réalité une teinte tirant vers le gris), caractérisée par des propriétés complémentaires : elle est grasse, très plastique, agréable à caresser en raison de son onctuosité (la gh’a séda). Elle est plus compacte et plus consistante.


Une fois façonnée, elle se fissure facilement en séchant ; elle est résistante (fórta).

 

Les gisements encore abondants aujourd’hui se situent au pied du mont San Giorgio, dans cette zone vallonnée du territoire de Rancate, appelée Róssa.

Si certains informateurs l’ont parfois appelée tèra bianca, c’est parce qu’elle, soumise à de hautes températures, prend cette couleur. Les veinures blanches et rouges des pianelles marbrées (pianéll maciaa) exploitent le contraste des deux colorations typiques des argiles de Riva : […]

 


Source :
Eberhardt-Meli S., (2005) Artigiani della terra: i laterizi in Ticino e il lavoro dei fornaciai, Bellinzona-Locarno, Centro di dialettologia e di etnografia, in coedizione con Armando Dadò Editore


Les Fornaci de Riva San Vitale avant la requalification

Si, à Riva San Vitale également, les activités agricoles et celles liées à la pêche sur le lac avaient traditionnellement un grand poids, dès l’époque romaine on y vantait déjà une florissante activité industrielle liée à la fabrication de matériaux de construction ; une activité qui dura jusqu’au XXe siècle et dont les fours et dépôts encore existants dans le quartier qui en conserve le nom témoignent de manière tangible. […]


L’importance et la centralité de Riva, de ses fonctions économiques, administratives et religieuses, ainsi que le prestige de nombreux bâtiments, lui valurent le qualificatif de « bourg magnifique ». […]


Un ancien quartier artisanal : Fornaci
Le noyau de Fornaci participe de manière marginale aux relations avec le reste de l’agglomération, et son rapport au lac est fondamentalement limité aux bâtiments qui donnent en première ligne sur la rive. La route longeant le lac contourne le noyau et rejoint l’ancien tracé une fois Fornaci dépassé au nord. L’ancien passage à travers le noyau n’est aujourd’hui plus qu’une ruelle de service interne. La relation avec le bourg est spatialement peu soignée en raison de l’interposition d’un élargissement routier caractérisé par une grande surface d’asphalte offrant peu de qualité relationnelle. Une certaine valeur spatiale est suggérée par l’étroitesse créée par deux bâtiments se faisant face, mais celle-ci est diminuée par les transformations, surtout au détriment de l’édifice côté ouest. Depuis le parcours interne, le lac est à peine perceptible et, entre les bâtiments en grande partie construits comme habitations ou reconvertis à cet usage, émergent diverses fours, encore reconnaissables comme tels, ainsi que des remises et des dépôts pour les produits finis. Mais les interventions de restauration et les transformations ont effacé une grande partie de la caractérisation artisanale originelle de l’ensemble. […]


Recommandations
Promouvoir des études pour une planification du vide de relation entre l’extrémité nord du bourg et la Fornace. […]


Mettre en œuvre des mesures adéquates pour conserver et valoriser dans le noyau de Fornaci les témoignages bâtis de l’ancienne production de matériaux de construction. […]"

 


Source :
Heusser-Keller S., (1981) Inventaire des sites construits à protéger en Suisse (ISOS), Office fédéral central des imprimés et du matériel, Berne

Image avec l’aimable autorisation de Danilo Pellegrini, photographie de 1899


Les Fornaci de Riva San Vitale achevées

Photographies : DigitalFlow / © Commune de Riva San Vitale

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